Depuis la création de REBIRTH, j’ai le plaisir de côtoyer de nombreuses personnes qui travaillent jour après jour pour transformer l’ordinaire en extraordinaire. Cette semaine, j’ai ainsi voulu vous présenter une personne qui m’inspire par sa motivation et son engagement dans l’atteinte de ses objectifs, Rijad JAHA.

J’ai eu l’occasion de faire sa connaissance en 2019 dans la superbe box de CrossFit Habeas Corpus. Dans le cadre de mon travail de fin d’études d’OPEX Fitness, je devais en effet coacher 7 personnes pendant environ 6 semaines. Rijad faisait partie des volontaires.

Inspiration avec Rijad JAHA, combattant pro en MMA
Inspiration avec Rijad JAHA, combattant pro en MMA

Rijad, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bon comme tu le sais, je m’appelle Rijad Jaha, je suis né le 13/07/1991 en Bosnie (plus précisément à Sarajevo), peu avant le début de la guerre. Pour faire court car c’est une toute autre histoire, mes parents ont fuit la guerre vers la Belgique en 1993 avec mon frère, ma sœur, plusieurs de mes cousins et moi-même. Je n’étais évidemment qu’un enfant à ce moment-là mais c’est un tournant de ma vie qui, je pense, a joué beaucoup pour la suite. Certaines choses vous marquent d’une manière ou d’une autre mais encore une fois c’est une autre histoire.

Tu es combattant pro en MMA (Mixed Martial Arts). Quel est ton palmarès ?

Je suis combattant pro en MMA depuis peu, avec un score de 3-0 (trois victoires par TKO). J’ai eu une longue carrière amateur d’environ 10 ans. J’y ai eu un faux départ durant lequel j’ai d’abord rencontré des défaites. J’ai, je pense, commencé la compétition trop tôt avec 6 mois d’entrainement à raison de deux séances/semaine et zéro base en boxe.

Par la suite, j’ai décidé de m’appliquer un peu et depuis, je n’ai jamais perdu. J’ai remporté un tournoi amateur MMA en Shooto pour le titre de champion de Belgique. J’ai aussi remporté par la suite plusieurs combats MMA que ça soit en -66, -70 et -77 kg dont certains dans la première minute du premier round (24 secs et 48 secs). Durant ce parcours, j’ai également participé à de nombreux tournois de jiu-jitsu brésilien et grappling. J’ai souvent eu ma place sur le podium et remporté différents “gros” titre comme à NAGA Paris et NAGA Germany.

Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de passer Pro? A cause de blessures et surtout je pense d’un gros manque de considération dans ce sport. Très peu de gens le connaissait à mes débuts. Pour eux, MMA, c’est l’assurance (zéro tracas zéro blabla). Il y avait donc très peu de pratiquants, de clubs etc. Par conséquent, il était difficile d’évoluer sérieusement. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse.

Pourquoi as-tu choisi ce sport ?

Ce qui est drôle c’est que j’ai commencé ce sport par accident. Un pur hasard. Je connaissais ce qu’on appelait le Free Fight à l’époque. Je n’oublierai jamais les dimanches passé chez mon frère quand j’étais gamin à regarder les combats de Mirko Cro Cop au Pride FC. 

La team Black Jack

De plus, j’avais un ami, Mohamed Khaledi, qui s’entrainait à Herstal au team Black Jack. Il me répétait constamment de venir essayer mais bon, j’avais 17 ans et pour moi le judo était le sport de combat de référence. Suffit de faire un peu de boxe Anglaise et tu es imbattable (rires). J’ai débuté le judo quand j’avais cinq ans pour suivre les pas de mon grand frère. Ce sport est presque devenu comme un passage obligatoire au sein de la famille. C’est en tout cas la raison pour laquelle je suis venu à Herstal ce jour-là.

C’était un mercredi à 18h30 et je voulais m’inscrire au club de Judo. Manque de bol (ou pas finalement), il n’y avait pas de cours de Judo, mais c’était l’heure du cours de MMA de Black Jack (Didier Kapalata). Je m’apprête à partir quand je croise Mohamed qui me dit de rester, que ça ne me coûtait rien d’essayer. Je suis resté ce jour-là et je ne suis jamais reparti.

As-tu des combattants qui t’inspirent et qui te servent de modèle(s) ?

Il y en a beaucoup (rires) ! Je ne vais pas parler de Mohamed Ali, Mike Tyson, Mirko Cro Cop, Fedor Emelianenko, Royce Gracie, Hélio Gracie, Anderson Silva etc. Ce sont des légendes mais ils n’ont pas influencé ma carrière ou mon style tant que ça. Juste ma vision du sport (mis à part Royce Gracie peut-être).

Je vais plutôt mentionner des gars comme Rickson Gracie, Khabib Nurmagomedov, Jon Jones, Connor McGregor ou encore GSP (Georges St-Pierre). Qu’on les aime ou pas, il y a un truc qu’on ne peut pas leur enlever. Ces gars-là sont ou ont été en avance sur leurs époques. 

Rickson Gracie

Rickson Gracie, je regardais les technique de respiration qu’il utilisait, la manière avec laquelle il était en osmose avec son corps. Affûté pour la guerre, il était d’une souplesse et d’une mobilité incroyables. Il avait compris déjà il y a longtemps qu’il fallait écouter son corps. J’ai toujours été impressionné par cette grande figure du combat libre. (N.D.L.R.: moi aussi. 🙂 Petite vidéo illustrative de cet immense artiste).

Jon Jones

Jon Jones est le talent incarné, il a un style tellement peu orthodoxe, c’est un créateur. Il crée des mouvements comme un peintre peint sa toile en se basant sur rien ou presque et ça marche. Jon Jones, c’est pareil, il crée pendant que les autres font des natures mortes en recopiant simplement ce qu’ils voient (ce n’est pas facile pour autant mais l’image est là). 

Georges St-Pierre

A contrario GSP, lui, c’est la preuve que le travail paie. Comme on dit, “Hard work beat talent”. Malheureusement, Jon Jones a ses dérives et c’est souvent le cas avec des gars qui sont talentueux de nature et qui le savent, le ressentent. Ils se reposent sur leurs acquis. C’est là que les gars comme GSP interviennent. Ils n’aiment pas forcément ça, n’ont pas spécialement un talent pour le sport mais ils se tuent à la tâche pour être les meilleurs et ça marche. Ça force l’admiration non? GSP c’est la preuve que quand on veut, on peut. Que tout le monde peut le faire, il “suffit” de s’y mettre.

Khabib Nurmagomedov

Khabib? (rires) Quoi dire? C’est THE Champ pour moi, le style que j’aime, un mental, de l’humilité et de la dévotion. La recette d’un vainqueur.

Conor McGregor

Paradoxalement, Conor McGregor est une source d’inspiration pour moi aussi. Bien que j’aie été déçu de son attitude en dehors de la cage et que je ne suis pas fan de certains de ces agissements, il faut admettre que ce mec est une pure machine aussi. Une légende. Il a réalisé ce que peu ont pu, ne serait-ce qu’imaginer. Il a une vision du game incroyable (la Vista comme on l’appelle). Ce type voit, sent les choses venir. Il analyse ses combattants et contre. Ça touche, ça pique, ça met KO. Tout ça en combattant à son aise. Il prouve que le timing bat la vitesse et que la précision bat la force. C’est pour ça qu’il gagne que cela soit en -66, -70 ou -77 kg.

Le MMA est un sport très complet. Tu as donc probablement des points plus forts que d’autres. Comment abordes-tu le travail de tes points les moins forts ?

Par la force des choses, mon domaine, c’est le sol. La base de judo a fait que… et quand on aime quelque chose, on s’applique forcément plus, du coup on évolue plus vite. J’ai dû me forcer au début pour aller boxer, jusqu’au jour où tu réalises que tu n’es pas fait en sucre. Quand tu réalises la beauté et la complexité de la boxe, alors là, tu y mets du tien. Donc j’essaie d’équilibrer et je pense être assez complet aujourd’hui. Même s’il y a toujours du boulot et ce, dans les deux domaines.

Par contre, je ne laisse pas un de coté pour privilégier l’autre même si je dois m’entraîner deux fois plus. Je pense que si on a un point fort, il faut continuer à l’améliorer. Et donc, je continue à améliorer mon sol quoi qu’il en coûte. L’erreur de Connor contre Khabib selon moi, c’est qu’il s’est trop focalisé à préparer sa défense contre Khabib mais la meilleure défense, c’est l’attaque. S’il s’était focalisé sur ses atouts … à vrai dire non… Khabib aurait quand même gagné (rires).

Quels sont tes objectifs pour les années à venir ?

J’accueille mon destin les bras ouverts, je me donne à 100% dans ce que je fais. J’ai mon objectif final dans un coin de ma tête, mais je n’oublie pas qu’avant d’arriver au dernier étage je dois d’abord passer par le premier puis le deuxième et ainsi de suite. Je ne me précipite pas, à ce niveau l’erreur coûte cher même si à 28 ans, je n’ai pas vraiment de temps à perdre. Je me dois de savoir jongler entre ces deux facteurs et trouver le juste milieu.

Quelle influence le coronavirus a-t-il sur tes objectifs 2020 ?

Une grosse influence, forcément. Les clubs ont fermé donc il faut s’adapter. J’avais espéré faire un combat au mois de juin histoire d’amener le palmarès à 4-0. Mais la vie en veut autrement. Heureusement, c’est arrivé fin de saison. J’ose espérer qu’au début de la prochaine, tout ça sera terminé. Le but sera de faire minimum 3 combats et bien évidemment de les gagner.

Rijad Jaha à l'entraînement chez Habeas Corpus
Rijad JAHA à l’entraînement chez Habeas Corpus

Comment t’entraînes-tu en cette période particulière ?

J’adapte mes entraînements. Je profite du temps libre pour améliorer certains points sur lesquels je n’ai pas le temps de me consacrer d’habitude, par exemple ma souplesse, ma mobilité etc.. Et je cours beaucoup. Les escaliers de Bueren et moi sommes devenus amis maintenant (rires). Un de mes outils préféré est le Bulgarian Bag. Lui aussi, c’est mon pote en ce moment. (N.D.L.R.: voici une petite vidéo explicative pour ceux qui ne connaissent pas le Bulgarian Bag).

Comment combines-tu ta carrière sportive et ta vie de famille ?

C’est le plus compliqué. Entre le boulot et les entraînements, je n’ai pas énormément de temps avec ma famille… C’est le sacrifice le plus difficile que j’ai à faire mais je sais pourquoi je fais ça et si dois y arriver, c’est pour eux. Je m’entraîne presque tous les jours deux à trois fois par jour. Rajoute à ça le boulot, tu as vite fait de faire le calcul du temps qu’il me reste pour être avec les miens. Mais tout le monde a 24h dans sa journée. Que ça soit Beyoncé, GSP, ou toi. Tout le monde. C’est juste une question de priorité, de sacrifice et d’organisation. C’est là que se situe la différence.

Heureusement, j’ai une femme en or qui est à fond derrière moi. Elle est là pour me soutenir. Elle voit tous les sacrifices que je fais et elle rend les choses plus faciles. Je lui dois beaucoup, pour ne pas dire tout. J’ai beaucoup de choses à dire la concernant, je ne sais pas si tu as plusieurs jours devant toi? (rires)

Que conseilles-tu en terme de récupération ? Utilises-tu des techniques particulières ?

Honnêtement, je ne sais pas si je suis le meilleur pour ce genre de conseil. Moi, ce qui m’aide, ce sont les bains glacés. J’ai une kiné en or aussi, Amélie Masson.
Les massages avec une médecine-ball ou avec un pistolet massant sont mon quotidien. Après chaque entrainement, j’essaie d’effectuer une petite séance pour récupérer. Bien sûr, le jour de repos dans la semaine est important. C’est celui qui t’aide à faire le point sur ton état physique (rires).

Fais-tu particulièrement attention à ton alimentation ? Dans un sport à catégories de poids comme le MMA, cela doit être un point important.

Au risque de me faire taper sur les doigts, pas vraiment (rires). (N.D.L.R.: je n’ai rien entendu :-D). Mais c’est hyper important! Tout passe par ta nutrition. C’est le premier médicament. Ta nutrition, ça joue sur tes performances, sur ta récupération et sur ta santé ! Moi je mange beaucoup, vraiment beaucoup et un peu de tout. Quand je prépare un combat, j’entame un régime un peu avant, ce qui me permet de rester performant jusqu’aux derniers jours et être au poids. Evidemment, je récupère vite ce poids par la suite. Mais je t’avoue que c’est drastique comme régime. 

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

J’en profiterai peut-être pour remercier tous ceux qui me soutiennent. Vous me donnez la force nécessaire pour continuer. Et ceux qui ne me soutiennent pas me montrent juste que je suis sur le bon chemin. Merci à Coaching Rebirth pour l’interview, merci surtout de m’aider à atteindre mes objectifs. Sans vous, ça ne serait pas pareil. C’est grâce à des gens comme vous que c’est possible.

Merci Damien, le gérant d’Habeas Corpus, cette Box de CrossFit qui me permet d’évoluer dans un environnement optimal. J’ai découvert le CrossFit via un ami et ça m’a permis d’aborder sous un autre angle la préparation physique, et donc d’atteindre le niveau que j’ai aujourd’hui. L’atmosphère familiale qui y réside facilite aussi les choses. Croyez-moi Habeas crée des machines.

Dr FIT et Mr QUADRA_Rijad Jaha
Rijad JAHA et votre serviteur chez Habeas Corpus

Je me dois aussi de faire un petit clin d’œil à Yassin Boudrouz, mon coach pieds-poings . Ce mec a le cœur sur la main ! J’ai rarement rencontré des gens qui savent transmettre comme lui. Il est à l’écoute, il s’est lancé dans l’aventure avec moi et a adapté sa discipline avec la mienne pour être le plus performant possible.

Et Black Jack (Didier Kapalata), c’est mon entraîneur depuis le premier jour, je lui dois tout. Les long discours le concernant ne servent à rien. Il sait déjà tout le bien que je pense de lui.

Pour ceux qui ont des préjugés sur le MMA, c’est un sport magique et plus complexe qu’il n’en a l’air. Ce n’est pas juste deux brutes qui se cognent dans une cage. Réduire le MMA à ça, ça revient à réduire le foot à un mec qui tape dans un ballon, le basket à un joueur qui jette une balle et ainsi de suite. Si ce n’était que ça, tout le monde serait joueur pro et gagnerait des millions. Derrière chaque combattant se cache de la sueur, des larmes et des sacrifices. 

Pour suivre Rijad

Un grand merci à Rijad d’avoir joué le jeu pour cet interview ! Je suis persuadé qu’on sera un jour ensemble dans un grand évènement.

D’ici là, vous pouvez suivre ces aventures via son compte Instagram.

Question ou commentaire, nous y répondrons avec grand plaisir !

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